Introduction : pourquoi 95 % des utilisateurs sous-exploitent Claude IA
Il existe un fossé croissant entre les utilisateurs qui exploitent Claude IA comme un simple chatbot et ceux qui en font un véritable levier de productivité. Ce fossé ne se comble pas en apprenant à rédiger de meilleurs prompts. Il se comble en changeant fondamentalement de méthode.
Cette méthode, elle vient d'Andrej Karpathy — cofondateur d'OpenAI, ancien directeur de l'IA chez Tesla, inventeur du concept de vibe coding, et désormais chercheur chez Anthropic où il contribue directement à l'entraînement de Claude. Autrement dit, peu de personnes au monde sont mieux placées pour expliquer comment tirer le meilleur parti de ce modèle.
Lors d'une conférence récente, Karpathy a détaillé trois techniques précises qui permettent, selon lui, d'atteindre une productivité 10 fois supérieure à la moyenne. Cet article les décortique et les traduit en pratiques concrètes applicables immédiatement.
Contexte important
Andrej Karpathy a rejoint Anthropic début 2025. Sa perspective sur l'utilisation de Claude est donc celle d'un praticien qui connaît l'architecture interne du modèle. Ses recommandations ne sont pas des opinions, ce sont des observations issues de la conception même du système.
Le vrai problème : le contexte, pas le prompt
La majorité des utilisateurs pensent que la qualité des résultats dépend de la qualité du prompt. C'est une erreur de diagnostic. Le prompt ne représente qu'une fraction de ce qui détermine la pertinence d'une réponse.
Le véritable levier, c'est le contexte : qui vous êtes, ce que vous cherchez à accomplir, vos contraintes métier, vos exemples de référence. Sans ce contexte, même le prompt le mieux rédigé oblige le modèle à deviner — et un modèle qui devine ne peut pas viser juste de manière consistante.
Karpathy propose une analogie utile : Claude est comparable à un stagiaire d'exception. Une culture encyclopédique, une capacité d'exécution impressionnante, mais un jugement contextuel limité et des angles morts bien réels. Il peut rédiger une stratégie marketing complète en 30 secondes et se tromper sur un calcul de dates élémentaire.
Attention au réflexe prompt engineering
Face à une réponse décevante, le réflexe naturel est de reformuler la demande. Dans la majorité des cas, le problème n'est pas la formulation : c'est l'absence de contexte suffisant. Investir du temps dans la structuration du contexte est systématiquement plus rentable que d'optimiser la rédaction du prompt.
Technique 1 : Construire une mémoire contrôlée
Le problème de l'amnésie par défaut
Par défaut, Claude repart de zéro à chaque nouvelle conversation. Sans intervention, vous êtes condamné à réexpliquer votre identité, votre projet, votre ton et vos règles à chaque session. C'est une perte de temps considérable et une source d'incohérence.
Claude dispose désormais d'une fonctionnalité de mémoire automatique entre les conversations. Cependant, Karpathy met en garde contre un piège majeur : cette mémoire échappe à votre contrôle. C'est le modèle qui décide ce qu'il retient, ce qu'il oublie et comment il le restitue. Or le contexte est précisément votre levier numéro un — le déléguer en pilote automatique revient à abandonner l'outil le plus impactant de votre arsenal.
La solution : les Projets Claude
Les professionnels construisent une mémoire qu'ils maîtrisent intégralement, via la fonctionnalité Projets de Claude.ai. Un projet fonctionne comme un espace de travail dédié, doté d'instructions permanentes que vous rédigez vous-même.
Structure recommandée pour les instructions d'un projet :
- Identité : qui vous êtes, votre rôle, votre secteur
- Objectif du projet : ce que vous cherchez Ă accomplir dans cet espace
- Ton et style : registre, contraintes rédactionnelles, interdits
- Règles métier : contraintes spécifiques à votre activité
- Références : documents, exemples, chartes à intégrer
Exemple d'instructions pour un projet commercial :
1Contexte : Je suis consultant en cybersécurité spécialisé PME.2Ma cible : DSI et responsables IT de structures de 50 à 500 collaborateurs.3Ton : Expert, direct, sans jargon inutile. Jamais condescendant.4Format par défaut : Structure en bullet points, sections courtes.5Interdit : Ne jamais citer de solutions concurrentes sans analyse comparative.6Objectif de ce projet : Produire des livrables clients (rapports, propositions commerciales, synthèses techniques).Astuce avancée
Alimentez vos projets avec des documents de référence : vos meilleurs livrables passés, votre charte éditoriale, des exemples annotés. Plus la mémoire est riche et précise, plus le modèle devient performant sur vos cas d'usage spécifiques — et plus cet avantage devient difficile à répliquer par vos concurrents.
Technique 2 : Remplacer les demandes vagues par des briefs structurés
Du prompt au brief : un changement de paradigme
Une demande vague du type « rédige-moi un rapport sur ce sujet » place Claude dans une position d'improvisation. Il doit inférer votre objectif réel, vos contraintes implicites et vos critères de succès — autant d'incertitudes qui dégradent la qualité du résultat.
Karpathy va plus loin que le plan mode natif de Claude, qu'il juge trop superficiel. Il recommande de travailler avec une spécification détaillée (spec) — l'équivalent d'un cahier des charges technique — avant toute exécution.
Les 4 composantes d'un brief efficace
Un brief structuré doit répondre à ces quatre questions :
- Objectif réel : quel résultat concret visez-vous ? (pas la description de la tâche, mais l'impact attendu)
- Contexte nécessaire : quelles informations Claude doit-il avoir pour ne pas deviner ?
- Contraintes : ton, format, longueur, périmètre, interdits explicites
- Mode d'exécution : résultat direct ou validation étape par étape ?
Exemple comparatif :
| Approche standard | Approche brief structuré |
|---|---|
| Rédige une annonce pour cet appartement. | Objectif : maximiser les demandes de visite qualifiées. |
| Contexte : appartement familial T4, quartier résidentiel calme, standing moyen-haut. | |
| Contraintes : ton chaleureux et professionnel, 150 mots max, aucun terme racoleur. | |
| Mode : propose d'abord l'accroche pour validation, puis rédige l'annonce complète. |
Laisser Claude construire le brief Ă votre place
Si la rédaction d'un brief vous semble contraignante, vous pouvez déléguer cette étape au modèle lui-même avec l'instruction suivante :
1Avant de te lancer, pose-moi les questions nécessaires pour bien cerner mon objectif.2Ensuite, liste les décisions importantes et fais-les-moi valider avant d'exécuter.Cette inversion est particulièrement puissante : vous n'êtes plus en train de deviner ce qu'il faut écrire, c'est Claude qui vient extraire de vous les informations dont il a besoin pour atteindre l'objectif.
Astuce pour les équipes IT
Dans un contexte Microsoft 365, cette logique de brief structuré s'applique directement à Microsoft 365 Copilot. Les instructions système des agents Copilot Studio jouent exactement le même rôle que les instructions de projet dans Claude : elles définissent le contexte permanent dans lequel le modèle opère.
Technique 3 : Rendre le résultat vérifiable
Le principe fondateur : l'apprentissage par renforcement
Karpathy rappelle un principe central dans la façon dont les LLMs sont entraînés : les modèles progressent lorsqu'ils disposent d'un signal de vérification clair. Plus vous donnez à Claude un moyen de valider son propre travail, plus les résultats s'améliorent.
Cette logique, qui opère au niveau de l'entraînement, peut être reproduite dans vos interactions quotidiennes.
Niveau 1 : Critères de validation explicites
Après avoir soumis votre brief, ajoutez systématiquement une instruction de vérification :
1Avant de me soumettre le résultat final, vérifie point par point2que les critères suivants sont respectés :3- [Critère 1]4- [Critère 2]5- [Critère 3]6Indique pour chaque critère si c'est validé ou non.Cette approche force le modèle à une relecture structurée plutôt qu'à une validation implicite.
Niveau 2 : Intégrer les données réelles
Le niveau supérieur consiste à introduire dans la boucle des données de performance réelles. Claude ne devine plus ce qui fonctionne — il s'appuie sur vos résultats concrets pour calibrer ses productions futures.
Exemple de prompt d'amélioration itérative :
1Voici les résultats de mes 3 dernières productions :2- Production A : [métriques]3- Production B : [métriques]4- Production C : [métriques]5 6Analyse ce qui a le mieux performé et identifie les patterns.7Utilise ces insights pour produire la prochaine version en t'appuyant8explicitement sur ce qui fonctionne.La boucle vertueuse
Ces trois techniques, combinées, créent un système auto-améliorant :
- La mémoire capitalise sur votre contexte métier
- Le brief garantit l'alignement sur vos objectifs réels
- La vérification ancre le modèle dans vos résultats mesurés
Point critique : restez aux commandes
Karpathy insiste sur ce point : ne disparaissez pas de la boucle. L'automatisation totale sans supervision humaine produit des résultats qui dérivent progressivement de l'objectif réel. Votre rôle est celui d'un pilote, pas d'un passager. C'est vous qui définissez ce qui compte, ce qui est vrai et ce qui mérite d'être construit.
Implémentation pratique avec PowerShell et l'API Anthropic
Pour les équipes IT souhaitant intégrer ces principes dans des workflows automatisés, voici un exemple de script PowerShell qui structure une requête à l'API Claude avec les trois composantes (contexte permanent, brief structuré, critères de vérification) :
1# Prérequis : clé API Anthropic dans la variable d'environnement ANTHROPIC_API_KEY2# Documentation API : https://docs.anthropic.com/en/api/getting-started3 4$ApiKey = $env:ANTHROPIC_API_KEY5$ApiEndpoint = "https://api.anthropic.com/v1/messages"6 7# Contexte permanent (équivalent aux instructions de projet)8$SystemPrompt = @"9Contexte : Tu assistes un administrateur Microsoft 365 dans la rédaction de documentations techniques.10Ton : Technique, précis, structuré. Phrases courtes. Listes à puces privilégiées.11Format : Sections avec titres H2/H3, blocs de code pour toutes les commandes.12Interdit : Ne jamais supposer une configuration par défaut sans le signaler explicitement.13"@14 15# Brief structuré (objectif + contexte + contraintes + mode d'exécution)16$UserBrief = @"17Objectif : Rédiger une procédure de déploiement de politique de mots de passe via Entra ID.18Contexte : Environnement hybride Azure AD Connect + Entra ID. 500 utilisateurs. Tenant M365 Business Premium.19Contraintes : Inclure les commandes PowerShell (module Microsoft.Graph). Max 600 mots. Public cible : administrateurs juniors.20Critères de validation :21- Toutes les commandes sont testables et syntaxiquement correctes22- Les prérequis sont listés en début de document23- Chaque étape inclut une vérification de résultat24Mode : Propose d'abord le plan de la procédure pour validation, puis rédige le document complet.25"@26 27$Body = @{28 model = "claude-opus-4-5"29 max_tokens = 204830 system = $SystemPrompt31 messages = @(32 @{33 role = "user"34 content = $UserBrief35 }36 )37} | ConvertTo-Json -Depth 538 39$Headers = @{40 "x-api-key" = $ApiKey41 "anthropic-version" = "2023-06-01"42 "content-type" = "application/json"43}44 45try {46 $Response = Invoke-RestMethod -Uri $ApiEndpoint -Method Post -Headers $Headers -Body $Body47 $Response.content[0].text48} catch {49 Write-Error "Erreur API Anthropic : $($_.Exception.Message)"50}Références officielles
- Documentation API Anthropic : https://docs.anthropic.com/en/api/getting-started
- Gestion des projets Claude.ai : https://support.anthropic.com/en/articles/9517075-what-are-projects
- Module Microsoft Graph PowerShell : https://learn.microsoft.com/en-us/powershell/microsoftgraph/
Synthèse : les 3 techniques en pratique
Construire une mémoire maîtrisée
Créez un Projet dédié dans Claude.ai pour chaque domaine de travail récurrent. Rédigez des instructions permanentes couvrant votre identité, vos objectifs, votre ton et vos règles métier. Alimentez-le avec vos documents de référence. Contrôlez vous-même ce que le modèle sait — ne déléguez pas cette décision à la mémoire automatique.
Structurer des briefs avec les 4 composantes
Avant toute demande significative, formulez un brief répondant à ces quatre questions :
- Quel est mon objectif réel (impact attendu, pas description de tâche) ?
- Quel contexte Claude doit-il avoir pour ne pas deviner ?
- Quelles sont mes contraintes (format, ton, longueur, interdits) ?
- Quel mode d'exécution : résultat direct ou validation étape par étape ?
Si la rédaction du brief est complexe, demandez à Claude de vous poser les questions nécessaires avant d'exécuter.
Intégrer des critères de vérification
Ajoutez systématiquement à vos briefs une liste de critères de validation explicites. Demandez au modèle de vérifier point par point avant de soumettre le résultat. Pour les cas d'usage récurrents, réinjectez vos données de performance réelles pour créer une boucle d'amélioration continue. Restez impliqué dans chaque cycle — vous êtes le pilote, pas le passager.
Conclusion : devenez un meilleur pilote, pas un expert en prompts
Les trois techniques de Karpathy ont un dénominateur commun : à chaque étape, c'est vous qui décidez. Vous définissez le contexte, vous cadrez l'objectif, vous établissez les critères de réussite.
Claude peut écrire, analyser et exécuter à votre place. Il ne peut pas comprendre à votre place ce qui compte vraiment, ce qui est exact dans votre contexte spécifique, et ce qui mérite d'être construit.
L'objectif n'est pas de maîtriser le prompt engineering. C'est de devenir un pilote plus précis et plus exigeant de votre IA — qu'il s'agisse de Claude, de Microsoft 365 Copilot, ou de tout autre modèle de langage intégré dans votre environnement de travail.
Ces réflexes demandent un investissement initial, mais ils constituent précisément la barrière qui sépare ceux pour qui l'IA reste un gadget de ceux qui la transforment en avantage compétitif durable.



