La plupart des utilisateurs de Copilot en sont encore au stade du prompt : on tape une demande, on lit la réponse, on passe à autre chose. C'est utile, mais c'est le service minimum. Ceux qui obtiennent un résultat vraiment différent ont commencé à transformer leur travail répétitif — la slide de statut du vendredi, l'explication de variance de fin de mois, le brief avant un appel client — en compétences (skills) que Copilot exécute toujours de la même façon. Cet article s'adresse aux administrateurs Microsoft 365 et aux ingénieurs qui veulent industrialiser ces tâches plutôt que de les re-prompter chaque semaine.
Qu'est-ce qu'une compétence Copilot
Sous le capot, une compétence n'est qu'un fichier texte : un nom, une description qui précise quand l'utiliser, et un jeu d'instructions. Pas de code, pas de macro, pas de module complémentaire. Copilot lit la description et sait, seul, quand piocher dans la compétence si votre prompt correspond à ce qu'elle décrit.
La distinction avec un prompt classique tient en une phrase : un prompt dit à Copilot ce dont vous avez besoin maintenant, une compétence lui apprend comment vous faites le travail. Pensez à l'arbre de décision de votre processus habituel : les instructions de haut niveau sont les règles générales, mais certaines branches exigent une méthode très précise, un vocabulaire métier, une pondération particulière. C'est exactement là qu'intervient une compétence, appliquée systématiquement à ce type de tâche.
Ce qui a changé récemment, c'est l'endroit où ces compétences peuvent tourner. Elles existaient déjà dans Copilot Cowork ; elles sont désormais aussi disponibles nativement dans Copilot pour PowerPoint et Copilot pour Excel.
Trois environnements d'exécution, trois modèles de facturation
Choisir où construire une compétence n'est pas qu'une question de commodité : c'est aussi une question de coût. Selon la documentation Microsoft sur les crédits Copilot, les services actuellement soumis à une facturation à la consommation sont Cowork, les applications construites avec Cowork et l'API Work IQ, avec d'autres services à venir. Copilot dans PowerPoint et Excel n'en fait pas partie : ces deux usages sont couverts par la licence Microsoft 365 Copilot standard.
| Environnement | Mode de facturation | Cas d’usage typique |
|---|---|---|
| Copilot dans PowerPoint | Inclus dans la licence Microsoft 365 Copilot | Construire, corriger et réviser des diapositives |
| Copilot dans Excel | Inclus dans la licence Microsoft 365 Copilot | Analyser, expliquer, nettoyer et vérifier un classeur |
| Copilot Cowork | Facturation à la consommation, en crédits Copilot | Tâches multi-étapes impliquant plusieurs applications, plusieurs sources et plusieurs livrables |
La règle pratique à retenir : utilisez d'abord ce que votre licence couvre déjà. Pas besoin de Cowork pour éditer une présentation ou expliquer une feuille de calcul. Réservez Cowork au travail qui, normalement, oblige quelqu'un à naviguer entre plusieurs applications, à agréger des données de sources différentes et à produire plus d'un livrable. C'est là que les crédits sont justifiés.
Repérer les compétences déjà livrées par Microsoft
Avant de construire quoi que ce soit, faites l'inventaire de l'existant. Ouvrez le volet Copilot, sélectionnez le + dans la zone de prompt, puis Choose skills dans PowerPoint ou Choose plugins & skills dans Excel. Vous pouvez aussi taper @ et choisir directement une compétence dans la liste déroulante.
Quelques compétences intégrées qui méritent d'être connues :
- PowerPoint — Explain this presentation : ouvre un deck de 20 diapositives jamais vu et en restitue un guide impartial (messages clés, incohérences, jargon à connaître). Utile avant toute réunion où l'on vous envoie un deck une heure à l'avance.
- PowerPoint — Visualize this slide : transforme une diapositive dense en texte en un visuel soigné. Ajouter sa propre charte graphique dans le prompt rapproche fortement le résultat de son standard.
- PowerPoint — Review this presentation et Prepare for questions : la première teste la structure narrative, la seconde anticipe les questions de l'audience.
- PowerPoint — Sharpen slide titles : réécrit les titres thématiques en conclusions actionnables.
- Excel — brandkit et theme-design : activées par défaut ; chart-design : à activer manuellement, d'après la documentation Microsoft sur les compétences dans Excel.
- Excel — dossier Finance : selon les tenants, un dossier Finance propose des compétences comme 3-statements, check-model, comps-analysis, dd-meeting-prep, lbo-model ou unit-economics, désactivées par défaut.
La liste exacte varie d'un tenant à l'autre et évolue en permanence : considérez votre propre menu de compétences comme la seule source fiable.
Astuce
Pour activer ou désactiver une compétence, ouvrez les trois points du volet Copilot puis Manage plugins & skills. Désactiver une compétence empêche Copilot de la déclencher automatiquement. Dans PowerPoint, elle disparaît aussi du menu ; dans Excel, elle reste appelable via une mention @.
Les cinq critères qui distinguent une compétence exploitable
Une compétence basique fait un tir unique : « résumer ceci ». Une bonne compétence fait le travail. Cinq principes reviennent systématiquement dans les compétences les plus utiles :
- Elle travaille par étapes : lire, analyser, produire, vérifier — jamais une seule passe aveugle.
- Elle interroge avant de supposer. C'est le plus gros gain de qualité : quelques questions de clarification avant toute production.
- Elle s'ancre dans du réel : le deck, le classeur, vos échanges. Une information manquante devient un repère explicite entre crochets, jamais un chiffre inventé.
- Elle produit un livrable concret sans écraser l'original : une slide finalisée, une nouvelle feuille, un brouillon d'e-mail — jamais un envoi automatique sans validation.
- Elle s'auto-contrôle avant de rendre la main, en se relisant avec un regard sceptique (« relis ceci comme un directeur financier qui cherche à dire non ») pour corriger le point le plus faible.
Ce dernier critère fait toute la différence entre un résultat qu'on garde tel quel et un résultat qu'on doit réécrire intégralement.
L'étape qui change tout : personnaliser avant de déployer
Toute compétence livrée « de base » est écrite pour une personne générique faisant un travail générique — elle donne donc un résultat générique. La valeur apparaît quand la compétence s'aligne sur votre contexte réel : votre rôle, votre audience, votre format, votre charte, vos données, vos garde-fous.
Le principe est simple : ne jamais téléverser la compétence de base telle quelle. On la personnalise d'abord, et c'est Copilot qui construit le fichier final.
Copier la compétence de base
Récupérez le texte de la compétence de base que vous souhaitez adapter (voir les deux exemples plus bas).
Lancer le prompt de personnalisation dans Copilot Chat
Ouvrez Copilot Chat — et non Cowork, dont la bannière « faible coût » recommande elle-même de traiter ce type de tâche dans Chat plutôt qu'en crédits — puis collez le prompt de personnalisation ci-dessous en y insérant la compétence de base.
1Je veux transformer une compétence Copilot de base en une compétence personnalisée. Elle s'exécutera dans [PowerPoint / Excel / Copilot Cowork].2 3Voici la compétence de base :4[coller ici la compétence de base]5 6Avant d'écrire quoi que ce soit, interroge-moi. Pose-moi jusqu'à 8 questions de découverte, quelques-unes à la fois, couvrant :7- mon rôle et le travail que cette compétence soutient8- à qui s'adresse le résultat et ce qui compte pour cette audience9- ce à quoi ressemble un excellent résultat pour moi, avec un exemple passé si j'en ai un10- mon format, mon modèle, ma charte graphique ou mon style maison11- les fichiers, données ou sources qu'elle doit utiliser, et ceux qu'elle doit ignorer12- les termes, indicateurs et seuils qui comptent dans mon travail13- ce qu'elle ne doit jamais faire14 15Réécris ensuite la compétence autour de mes réponses. Conserve le déroulé étape par étape, l'étape de questions de clarification, l'auto-contrôle final, et la règle de ne jamais inventer de fait, de chiffre, de nom ou de citation.16 17Rends-la sous forme de fichier SKILL.md prêt à téléverser. Commence par un en-tête avec un nom court en minuscules et tirets et une description précisant exactement quand utiliser la compétence, puis les instructions en markdown. Donne-moi un lien de téléchargement ou un bloc de code que je peux copier dans un fichier .md.Répondre aux questions de Copilot
Copilot vous interroge avant d'écrire quoi que ce soit : rôle, audience, format, seuils métier, interdits.
Récupérer le fichier SKILL.md
Téléchargez le fichier renvoyé par Copilot : c'est votre compétence personnalisée, prête à être déployée.
Déployer la compétence là où elle doit tourner
Suivez la procédure propre à chaque application, détaillée ci-dessous.
Tester sur un cas réel
Exécutez la compétence sur un vrai deck ou un vrai classeur, puis indiquez à Copilot ce qui doit être resserré avant de la diffuser à l'équipe.
Piège fréquent
Dans Excel, deux couches de personnalisation supplémentaires complètent vos compétences : Personalization, accessible via les trois points puis Customize Copilot, où l'on fixe une fois pour toutes des règles comme le format monétaire, l'affichage des nombres négatifs ou le début de l'exercice fiscal ; et les workbook rules, créées via le + puis Create workbook rules, qui ajoutent une feuille .Rules voyageant avec le fichier, garantissant les mêmes standards à quiconque partage le classeur.
Anatomie d'un fichier SKILL.md
Toute compétence bien construite suit la même structure, celle que Copilot génère automatiquement à l'issue de la personnalisation.
| Section | Rôle |
|---|---|
| Name | Nom court en minuscules, par exemple customer-success-slide |
| Description | Précise quand utiliser la compétence — c’est ce que Copilot lit pour la déclencher automatiquement |
| Inputs | Ce que vous fournissez, et la conduite à tenir en cas d’information manquante |
| Workflow | Le déroulé ordonné, y compris les questions de clarification |
| Rules | Ce que la compétence doit toujours faire, et ce qu’elle ne doit jamais faire |
| Output | Exactement ce que vous récupérez en sortie |
| Self-check | La relecture critique effectuée avant de rendre la main |
Deux compétences de base prêtes à personnaliser
Voici deux compétences complètes, l'une pour PowerPoint, l'autre pour Excel, que vous pouvez copier telles quelles puis faire passer par le prompt de personnalisation ci-dessus.
PowerPoint : synthèse exécutive en une diapositive
Le problème classique : un deck de 25 diapositives et un dirigeant qui ne regardera qu'une seule slide. Cette compétence lit l'ensemble du deck et construit cette slide unique, conclusion en premier.
1Nom : executive-summary-slide2Description : à utiliser quand je demande un résumé exécutif, une synthèse en une diapositive, une slide BLUF (Bottom Line Up Front) ou une slide de synthèse pour la direction à partir de la présentation en cours.3 4Entrées :5- La présentation en cours.6- Optionnel : le public visé et la décision ou l'action attendue. Si non précisé, poser la question avant de construire.7 8Déroulé :91. Lire l'intégralité de la présentation et identifier le message le plus important.102. Demander qui est le public et ce qui est attendu de lui, si ce n'est pas déjà précisé.113. Créer UNE seule nouvelle diapositive au début du deck, juste après la page de titre.124. Titrer la diapositive avec la conclusion, formulée comme une phrase complète et non comme un thème. Exemple : « Nous devons étendre le pilote à trois régions au T3 » plutôt que « Synthèse du pilote ».135. Sous le titre, ajouter trois points d'appui, chacun avec la preuve la plus solide tirée du deck.146. Ajouter en bas une courte ligne « Décision attendue » qui précise exactement ce qui est demandé.157. Respecter le thème, les polices et les couleurs existants. Ne modifier aucune autre diapositive.16 17Règles :18- N'utiliser que des faits, chiffres et affirmations présents dans le deck. Si une information importante manque, insérer un repère entre crochets, par exemple [AJOUTER ESTIMATION DE COÛT].19- Limiter chaque point d'appui à deux lignes courtes.20- Langage direct et sobre, sans effet de manche.21 22Sortie :23- Une diapositive de résumé exécutif.24- Dans le chat, une ligne signalant toute contradiction entre le résumé et le reste du deck.25 26Auto-contrôle :27- Avant de terminer, relire la diapositive comme le ferait un dirigeant pressé et sceptique. Si la conclusion n'est pas évidente en cinq secondes, réécrire le titre.À personnaliser en priorité : vos audiences habituelles et ce qui compte pour chacune, votre modèle et votre mise en page de synthèse, votre façon de formuler des recommandations, et vos limites de longueur.
Excel : transformer des données en récit
Un chiffre ne s'explique pas tout seul, et « voici le fichier Excel » n'est pas une mise à jour. Cette compétence lit les données et rédige le récit qui les sous-tend, calculs à l'appui.
1Nom : data-to-narrative2Description : à utiliser quand je demande ce que racontent ces données, d'expliquer les chiffres, de résumer une feuille, ou de rédiger le récit d'un rapport à partir de ce classeur.3 4Entrées :5- La feuille ou le tableau désigné.6- Optionnel : la question à laquelle je cherche à répondre et le destinataire du récit. Si ce n'est pas clair, poser la question.7 8Déroulé :91. Confirmer ce que représentent les données et la question posée. En cas de colonne ou de champ ambigu, demander plutôt que deviner.102. Identifier les 3 informations les plus importantes que révèlent les données.113. Identifier les leviers : ce qui fait bouger les chiffres, avec les valeurs précises derrière chaque affirmation.124. Signaler les anomalies et valeurs aberrantes à surveiller.135. Créer une nouvelle feuille nommée « Narrative » contenant : une section titre, les leviers avec les chiffres à l'appui, les anomalies, une section « conséquences » avec 2 décisions ou questions que cela soulève, et un court récit rédigé prêt à être collé dans un rapport.146. Si utile, ajouter un graphique de synthèse sur la feuille Narrative, construit à partir des données réelles.15 16Règles :17- Ne pas modifier les données d'origine.18- Montrer le calcul : chaque affirmation renvoie aux chiffres qui la fondent.19- Ne jamais inventer un chiffre ou combler un vide par une supposition. Le signaler explicitement.20 21Sortie :22- Une nouvelle feuille Narrative, plus un résumé d'un paragraphe dans le chat.23 24Auto-contrôle :25- Avant de terminer, relire le récit comme le ferait le propriétaire de ces chiffres. Signaler toute affirmation qu'il contesterait, et l'étayer ou la nuancer.À personnaliser en priorité : le type de données traitées, vos indicateurs et objectifs, les destinataires de vos récits, votre format de reporting et vos types de graphiques préférés.
Déployer la compétence dans chaque application
La procédure de dépôt diffère selon l'environnement d'exécution :
- PowerPoint : trois points dans le volet Copilot → Manage plugins & skills → Custom skills → Add skill → Upload the file. Il est aussi possible de choisir Create manually et de coller directement le contenu dans le formulaire.
- Excel : trois points → Manage plugins & skills → Custom skills. Excel récupère les compétences personnalisées depuis un dossier OneDrive « Skills » : enregistrez le fichier dans un sous-dossier portant exactement le nom de la compétence, puis cliquez sur Refresh.
- Cowork : Customize → onglet Skills → Add puis Upload skill, ou New skill pour une construction guidée. Selon la documentation Microsoft sur l'utilisation de Copilot Cowork, un tenant peut héberger jusqu'à 50 compétences personnalisées.
Impact tenant-wide
Dépannage : les erreurs les plus fréquentes
- La compétence n'apparaît pas dans le menu PowerPoint : vérifiez qu'elle est activée dans Manage plugins & skills — un toggle désactivé la fait disparaître du menu.
- Excel ignore la compétence personnalisée : le nom du sous-dossier OneDrive ne correspond probablement pas exactement au nom déclaré dans le fichier SKILL.md. Corrigez le nom puis relancez Refresh.
- Copilot ne déclenche jamais la compétence spontanément : la description est trop vague. Reformulez-la avec le vocabulaire exact que vous utilisez réellement dans vos prompts.
- Le résultat contient un chiffre inventé : vérifiez que la règle « ne jamais inventer un chiffre » figure explicitement dans la section Rules, et que l'étape d'auto-contrôle est bien présente dans le Workflow.
Ce qu'il faut retenir
Ce premier volet couvre deux compétences complètes et personnalisables sur les quatorze recensées à terme (quatre autres pour PowerPoint, trois autres pour Excel, cinq pour Cowork) — la méthode de personnalisation et de déploiement, elle, s'applique identiquement aux douze restantes.
- Commencez par l'inventaire des compétences intégrées dans votre propre tenant avant de construire quoi que ce soit.
- Ne téléversez jamais une compétence de base telle quelle : passez systématiquement par le prompt de personnalisation, dans Copilot Chat plutôt que dans Cowork.
- Réservez Cowork aux tâches multi-applications à plusieurs livrables, pour ne pas consommer de crédits sur des tâches que votre licence Microsoft 365 Copilot couvre déjà.
- Nommez vos compétences en minuscules et tirets pour qu'elles fonctionnent sans friction dans PowerPoint, Excel et Cowork.
- Testez chaque compétence sur un cas réel avant de la partager à l'équipe.
Si votre organisation reconstruit chaque semaine le même type de livrable — slide de statut, note de variance, brief de réunion — c'est exactement le candidat idéal pour une première compétence personnalisée avant la fin du trimestre.
